La place d'Alexandra Exter dans l'histoire de l'art du XXème siècle commence à peine d'apparaitre. L'hommage des critiques, des musées, galeries
et collectionneurs à son oeuvre va croissant depuis plusieurs décennies. Les aperçus offerts par des coups de projecteurs partiels , sinon partiaux ne permettent pas d'apprécier pleinement
l'originalité de son oeuvre. Seule, une perspective globale le garantit.
Alexandra Exter apparait d'emblée comme habitée par la prescience de ce que serait l'art moderne. Dès 1907, en effet, elle voyagea entre la Russie et la France. Elle avait alors vingt-cinq ans.
Elève de Fernand Léger, elle rapporta à ses amis russes les premières photos des oeuvres cubistes de Picasso, admirant et faisant admirer l'éclectisme des artistes aussi dissemblables que
l'Ukrainien Archipenko et l'Italien Medardo Rosso. Un cercle d'amis où l'on comptait apollinaire, Gide, Robert et Sonia Delaunay, Bergson, prêta une attention à sa création. L'art tissa même sa vie
intime, puisqu'elle fut la compagne du futuriste italien Ardengo Soffici. L'Européenne avant l'heure, qui savait des vers de Rimbaud par coeur, était aussi le peintre qui exposait à l'association
Valet de Carreau ses Villes somptueuses et dansantes.
Il s'en faut toutefois qu'elle ait été une adepte inconditionnelle: pour avoir exposé à la Section d'Or de 1912, avec Léger, Picabia, Marcel Duchamp, Gleizes et Le Fauconnier, elle n'en
interprétait pas moins le cubisme français de façon très personnelle, comme en témoignent ses versions du Pont de Sèvres de 1911 et ses Villes de 1912.
Vivant dans le coeur de Montparnasse, familière du futurisme italien par l'entremise de Soffici, elle exposa à Rome en 1914 avec les futuristes Italiens. Cosmopolite impénitente, elle participa
l'année suivante à la myhtique exposition du futurisme russe à Petrograd, Tramway V et signa en 1921 à Moscou, avec Popova, Stépanova, Vesnine et Rodtchenko le manifeste d'une autre
exposition historique: 5 x 5 = 25. Désormais figure emblématique du cubofuturisme russe, elle n'en resta pas moins sensible aux échappées suprématistes et constructivistes de Malévitch et
de Tatline, et l'on sait que Lissitzky fréquenta son atelier de Kiev.
L'énergie créative d'Alexandra Exter s'étandit au héâtre, dont elle bouleversa la mise en scène par l'utilisation de la lumière comme matériau et par l'introduction de plateaux mobiles et de
costumes flamboyants, en particulier pour la Salomé d'Oscar Wilde et le Roméo et Juliette de Shakespeare, moments historiques de l'art scénique. Enfin, elle appliqua son génie
novateur au vaste théâtre urbain, participant dès 1923 aux expositions de commerce et d'industrie de Moscou et décorant les pavillons dse Izvestia et de Krasnaïa Niva. Elle conçut pour Aelita, son
film, réalisé par Protozanov, des costumes et des décors exceptionnels et reçut la médaille d'or en 1925 à Paris à l'expo des Arts Déco.
Expatriée en France en 1924, celle qui fut le compagn0n de route de Malévitch, de Kandisky, de Lissitzky, de Chagall et de Zadkine, mourut dans sa patrie d'adoption en
1949.
(Alexandra Exter, photographie anonyme, ca. 1914. Texte tirée de la monographie d'Alexandra Exter parue chez Max Milo Editions,
2003)